Quatre Enterrements & Un Mariage
C'était un peu arrivé par mégarde. Il y a un an. Au moment où ce blog, devenu le prisme difracteur de sa personnalité et de ses humeurs m'avait révélé quelques clés sur lui. Du moins c'est ce que je projetais en bon petit névrosé affectif.
:)
Il est finalement trés facile de tomber amoureux... A savoir ensuite de qui ou de quoi.
Bref, il y a peu, ça m'est revenu. Comment tout avait un peu basculé. Comment ma perception avait changée. Comment mon désir était né.
En soi, ça ne venait pas de lui ou de ce que j'avais pu lire de et par lui.
C'est dû à un rêve. Un bête rêve dont je me suis rappelé il n'y a pas trés longtemps sans l'avoir jamais vraiment oublié.
Tout commence à vrai dire assez bizarrement.
Ce rêve n'est pas lié directement à lui au début, bien qu'il y ait une sensation de son omniprésence.
...
Je suis trés triste. Effroyablement.
J'ai perdu des amies que j'aime énormément. Elles sont mortes.
Une vieiiiiille chanson des All Saints qui date à peu prés de la naissance de nos amitiés me revient. (Ouais, bah c'est bon hein ? On a les références qu'on peut !)
C'est leur enterrement. Il pleut de cette façon artificielle qu'on reconnait dans les prods hollywoodiennes. Une pluie dense, régulière... produite par une espèce de pommeau de douche qu'on ne voit jamais. Le but étant d'inonder les vêtements, les corps, les visages et les cheveux des protagonistes.
Je suis l'un d'eux à ce moment là, tout a cette esthétique cinématographique, mise en scène.
Ma mélancolie ce mélange au temps pluvieux. Je sens des larmes qui ne sortent pas. Elles émanent de moi. Je confonds mes larmes avec cette fausse pluie.
Je me sens abandonné. A travers
elles, c'est ce que j'appelais mon "groupe". Elles étaient mes mères, mes soeurs, mes filles... On s'aimait parce qu'on voulait se protéger et prendre soin les uns des autres. Ca a duré huit années. On a grandi ensemble ; je suis fait d'elles et elles sont faites de moi.
Mais aujourd'hui, dans mon rêve, elles sont mortes. Métaphoriquement, c'est notre symbiose qui est morte. Nous devons grandir. Nous devons nous séparer. C'est dur.
A leur enterrement, il y a trop de monde.
Il y a nos familles et nos amis et des gens que je ne connais pas. Qui ne me connaissent pas. Il y a toujours des inconnus dans les enterrements.
Je reconnais l'endroit. On est à l'église Saint-Ambroise dans le XIème.
Elles et ceux venus pour leur dire adieu sont déjà à l'intérieur. Moi je suis resté encore sur le parvis, tourné vers le portail d'où je vois le monde engouffré et au fond, les quatre cercueils blancs au milieu des bougies.
Le ciel est noir. De cette nuance ténébreuse et orageuse, grondante. De cette sorte qui vous enlève vos espoirs et votre âme. De celle qui vous dépouille de ce(ux) que vous aimez et qui vous constituent.
L'eau dévale de mes cheveux sur mon visage et vers mon corps. Je suis ruisselant. Mes jambes sont de plombs. Je suis vidé d'elles. Pourtant, je ressens toujours cette chanson.
C'est viscéral. Leur souvenir me rempli mais leur absence me vide. Bientôt cette évidence d'être seul. Que tout me quitte. A chaque fois que j'expire, j'ai l'impression que ce qui a constitué ma substantifique moëlle se désagrège, s'enfuit sans que je puisse la retenir, dissolue en une pousière scintillante.
Vertiges. Ca me paralise. Mon esprit fait une chute interminable, prisonnier d'un corps immobile.
Tout d'un coup, ce qui m'entoure change. Je suis en haut d'une des tours de l'église (C'est mon rêve, j'fais c'que j'veux !).
Encore plus exposé aux larmes et à la pluie battante, mais empli de cette rage, de cette haine, contre ceux qui m'ont abandonné. De mon amour errant pour des choses insensées et des êtres perdus.
J'enrage qu'il n'y ait plus persone pour vouloir me protéger.
J'enrage d'avoir perdu la complicité et la chaleur, prisonnier de tout ce que j'ai pu partager. Je hurle ma haine et ma tristesse, mon désespoir et mon abandon. Je plaque tout face qu ciel qui gronde, menaçant, gêné par ma révolte. Je veux l'anéantir, je veux tout détruire, s'il ne m'envoie rien qui puisse m'apaiser.
Je veux tout haïr si personne n'est plus là pour m'aimer.
Plus ma colère s'exalte et plus le ciel me gifle de ses trombes. Elles finissent par me faire tanguer. Par me brûler le visage et du haut de ma tour je m'écroule et me cramponne sur la rambarde en pierre pour ne pas basculer dans le vide. J'ai peur, froid et les ténèbres s'ouvrent devant moi. Je suis soumis à de violentes crampes à l'estomac, comme aprés avoir reçu un coup de poing trop violent au ventre. La douleur fini par me couper le souffle. Je suffoque. J'étouffe. Je me noie. Je rêve que je meurs.
C'est le chaos et les ténèbres. Tout s'évanouit dans la confusion sur un fondu au noir.
Dans un état second, dans la confusion du rêve, je sens qu'il arrive. Derrière moi.
Que ça suffit, maintenant ! Je peux arrêter mon caca nerveux, à remuer toute la Création et finir mon psychodrame : "on" me l'envoie,
lui. J'ai eu gain de cause. Il veut bien. Il veut bien être celui qui m'apaisera.
Je suis toujours effondré, incapable de bouger un membre. Je suis trempé, mais sa chaleur m'enveloppe.
Aujourd'hui, avec le recul... il avait vraiment la forme de ce que je m'étais représenté.
Aprés le fondu au noir, c'est le fondu au blanc. D'abord tout est blanc autour de moi, mais d'un blanc qui n'agresse pas la rétine, un blanc apaisant. Je rêve que je me réveille. Je sais que je suis chez lui. A l'abri. Peu à peu, de la lumlière diffuse se détachent les meubles d'une chambre. Là aussi tout est blanc, de ce même blanc pur et rassurant, frais. C'est doux partout, je suis sous une couette. Dans son lit.
Il n'est plus là, mais je sens encore sa présence dans les draps. Le lit est chaud. Je suis dans cet état nébuleux, où des voiles de brumes collent encore à la mémoire aprés avoir dormi d'un sommeil de plomb pendant des heures, complètement épuisé. Je sens avoir bien récupéré, mais mon corps et mon coeur sont encore endoloris et hypersensibles. Mais ça va mieux. Il est là.
Je ne le connais pas encore. Ou plutôt les présentations n'ont pas encore été faites. Mais je sais déjà qui il est. Ce que j'ai lu de lui et ce que je veux y associer sont compatibles. Suffisament pour que je le désire.
En face du lit, il y a une porte fenêtre grande ouverte sur l'extérieur. Calme et silencieux. Les voilages respirent doucement au grés du souffle d'une brise légère et sereine. Dehors, je vois les clochers de Saint-Ambroise. La dentelle de pierre se découpe sur un ciel azuréen.
Je peux reconstruire.
Je peux me reconstruire.
Il fait bon.
Dans la pièce d'à côté, j'entends le bruit de l'eau qu'on ouvre sous la douche. Le bruit d'un rideau tiré sur une tringle. Il est sous l'eau. Le clapotis et le bruit du ruissellement obéissent à sa peau.
Dans un instant, je vais sortir de la chaleur fraiche du lit et passer la porte entrouverte pour me laver de tout avec lui.
J'ai envie de renaître. Je n'ai plus envie de mourir, tout est loin maintenant.
Je suis rassuré et confiant. J'ai envie de le connaître. J'aurais bien voulu construire avec lui.
... Et je me suis réveillé.